Archives mensuelles : février 2012

Ce piano à la fin du film

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Que serait le cinéma sans la musique ?

Le film se termine par une scène émouvante: Monsieur Lazhar et la petite élève s’étreignent. C’est à peu près à ce moment que le piano de Martin Léon se révèle. Avec le générique. Formule conventionnelle mais toujours efficace.

Les gens hésitent à se lever. Bercés par les notes enrobant l’atmosphère, comme une ritournelle éternellement enfantine.

Écoutez-là ici.

La dernière fois que j’ai vu l’assistance rester sur son siège tout au long du défilement du générique d’un film, même lorsque les lumières du cinéma s’étaient allumées, c’était pour Le pianiste.

Encore hypnotisés par les yeux si tristes d’Adrian Brody, personnifiant ce pianiste varsovien martyrisé par les événements. Puis le générique, derrière lequel un clavier et des mains jouaient ce morceau de Chopin. Encore sous le choc de tout ce qu’on venait de voir, il restait dans la salle le respect pour l’improbable survivant et la fascination pour ces mains qui jouent toutes seules, malgré l’ignorance, malgré l’adversité, malgré la cruauté, malgré la mort.

Si vous êtes saturés par les drames cinématographiques traitant de l’Holocauste, et que vous n’avez pas vu Le pianiste (2002) de Roman Polanski, il vous faut faire une exception et visionner ce film. Pour l’espoir en l’humanité. Pour l’Art aussi.

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La chambre d’une dame

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Il y a presque mille ans, une comtesse était fascinée par ce qu’étaient à l’époque la géographie et l’astronomie.

La décoration de la chambre d’Adèle de Blois (1067-1137), fille de Guillaume le Conquérant, lui permettait d’étaler sa soif de connaissances, dans un monde où l’ignorance était généralisée.

Cette chambre a fait l’objet de plusieurs études, même si tout ce qui nous en reste est une description faite par un moine contemporain d’Adèle.

Le plafond était peint d’étoiles et d’astres, son plancher, décoré d’une mappemonde sous la forme d’une marquetterie de marbre. Plusieurs tentures finement brodées ornaient les murs, illustrant la Genèse, le Déluge et autres moments cruciaux de l’Ancien Testament.

Selon certains, il y était même suspendue la partie finale manquante de la célèbre tapisserie de Bayeux.

Il faut lire la description très vivante qu’en fait Jeanne Bourin, à travers le dialogue des braves et infatigables brodeuses de la comtesse.

Source de l’image

Bourin, Jeanne. Le Grand feu, Folio, 1985. pp.316-ss.

Instant d’éternité

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L’Infinité tout comme l’Éternité sont des notions impossible à assimiler par l’être humain. Lui-même un être fini, il ne peut s’imaginer du point de vue spatial un univers qui n’aurait ni début ni fin, et qui temporellement n’aurait jamais commencé ni ne finirait jamais.

Le mieux qu’il puisse faire consiste à agrandir de jour en jour la portion de l’univers qu’il est en mesure d’observer.

En voici un aperçu formidablement condensé:

Ca me rappelle l’histoire que racontait un animateur de radio il y a quelques années. Les Frères lui avait enseigné cette métaphore:

Pour avoir une toute petite idée du concept de l’Eternité, il faut s’imaginer une immense boule de plomb, de la grosseur de la Terre. Sur cette immense boule compacte, une fois par année, une mouche vient se poser quelques secondes, le temps de gratter un peu la surface à l’aide de l’une de ses pattes poilues. Maintenant, la question est de savoir après combien de temps la boule de plomb finira par s’user complètement, sous l’action de ce frottement ?…

Le feu de Saint-Antoine

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Royaume de France, an 1103 . Dans la campagne autour de Blois, l’année est marquée par d’immenses inondations qui détruisent les récoltes, provoquant une famine généralisée. Certains blés subsistent et la populace se jette sur ces maigres restants.


Bientôt, une maladie se répand parmi elle sous la forme d’une épidémie. Les individus infectés ressentent de vifs brûlements internes, accompagnés parfois d’hallucinations. La gangrène les emporte dans les semaines suivantes.


C’est dans ces circonstances que s’achève « Le Grand Feu », magnifique roman de Jeanne Bourin, paru en 1985 aux éditions de la Table Ronde (collection Folio).


Nous savons aujourd’hui que cette maladie était provoquée par l’absorption de pain produit avec du seigle, du froment ou de toute autre céréale atteinte par un champignon connu sous le nom d’ergot de seigle. Les épis devenaient vulnérables à ce parasite lors d’étés très humides ou d’inondations.



Fréquent surtout au Moyen-Âge, l’ergotisme était désigné « mal des ardents » ou « feu de Saint-Antoine ». Les personnes atteintes passaient parfois pour être possédées du démon.


L’ergot de seigle, quant à lui, contenait de l’acide lysergique, dont on on a produit un dérivé synthétique au XXième siècle: le diéthylamide, en allemand lyserg säure diethylamid, mieux connu par ses initiales…

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Les enfants terribles

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Reconnu pour être un maître de la « distorsion de la réalité », parfois de manière insidieuse, le regretté Steve Jobs reçut cette lettre étrange en février 2007.

Cher monsieur Steve Jobs,

Bonjour de la part d’Albert Hofmann. Je comprends des médias que selon vous le LSD vous a aidé dans votre développement des ordinateurs Apple ainsi que dans votre quête spirituelle personnelle. Je suis intéressé à en apprendre plus sur la manière dont le LSD a été utile pour vous.

Je vous écris aujourd’hui, peu de temps après mon 101e anniversaire, pour vous demander de soutenir le psychiatre suisse Dr. Peter Gasser dans son étude proposée de psychothérapie assistée par le LSD pour des sujets qui souffrent d’anxiété associée à une maladie mortelle. Ce sera la première étude de psychothérapie assistée par du LSD depuis plus de 35 ans.

J’espère que vous pourrez m’aider dans la transformation de mon enfant terrible en un enfant brillant.

Elle est signée de la main du chimiste suisse Albert Hofmann, responsable de l’invention du LSD en 1938. Le docteur Hofmann lui demande donc de témoigner de son expérience personnelle avec le LSD, en collaborant à une étude à venir sur les vertus pharmaceutiques de ce produit (via la psychothérapie assistée) dans le traitement des troubles d’anxiété liés à des cas de maladie potentiellement mortelle.

Jobs ne donna pas de suite à cette requête. Mais l’année précédente, il avait déclaré dans les médias, ce qui attira sans doute l’attention d’Hofmann:

« Doing LSD was one of the two or three most important things I have done in my life. »

Il dira aussi:

« Je suis né à une époque magique. Notre conscience était éveillée par le zen et aussi par le LSD. Prendre du LSD était une expérience profonde; ce fut l’un des moments les plus importants de ma vie. (…) Cela a renforcé mes perceptions, m’a permis de savoir ce qui était essentiel — créer plutôt que gagner de l’argent, mettre à flot le plus de choses possible dans le fleuve de l’histoire et de la conscience humaine ».

(Isaacson, Walter. Éd. Lattès, 2011, p.65)

Hofmann termine sa missive par un souhait énigmatique:

« I hope you will help in the transformation of my problem child into a wonder child. »

Il s’agit d’une référence à l’un de ses ouvrages intitulé: « LSD, mon enfant terrible ».

Des esprits tordus (par la distorsion de la réalité?!!) ou amateurs de graphologie noteront le style peu aligné de l’écriture du docteur Hofmann. Gardons à l’esprit que l’homme était âgé de 101 ans, tout de même! Considérant qu’elle constitue une demande de service auprès du président d’une compagnie de prestige, je suis davantage surpris qu’une telle lettre ait été écrite à la main.

La randonnée en vélo du docteur Hofmann un certain après-midi de 1943 est passée à l’histoire. Aucun lien, sans doute, avec la vision de Jobs selon laquelle le micro-ordinateur devrait être considéré tel un « bicycle for the mind »…

Source de la traduction de la lettre

Dossier détaillé sur le docteur Hofmann

Source de l’image

Autres sources:

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Colour of your dreams

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Le sujet peut paraître infiniment usé. L’histoire du cheminement des Beatles est constellée d’ornières où historiens, chroniqueurs et théoriciens de la musique populaire ont passé et repassé dans tous les sens.

Mais il restera toujours facsinant d’essayer de comprendre comment ce « little dancehall band » (dixit George Harrison) est devenu en trois ou quatre ans le propulseur du rock psychédélique, entre autres styles musicaux populaires.

Le groupe avait bien lancé le « yéyé », grâce surtout à l’originalité des compositions de deux jeunes hommes plutôt doués et à leurs irrésistibles arrangements vocaux. Ils avaient perpétué le style et la verve des groupes et leaders du rock and roll des années cinquante (Little Richard, Chuck Berry, etc.).

Le succès et la liberté financière qui en a résulté les avaient graduellement autorisé à rechercher de plus en plus l’originalité et l’expérimentation musicale.

Mais entre She Loves You et Strawberry Fields forever, que s’est-il passé ? Cette fusion explosive des genres, ces emprunts aux instruments classiques ou exotiques, l’exploitation du bruitage et autres effets sonores spéciaux, tous ces changements majeurs en si peu de temps s’expliquent comment au juste? On parle ici de la genèse de la musique populaire telle que nous la connaissons aujourd’hui.

Il faut mentionner (et ce n’est pas la découverte du siècle, j’en conviens) deux causes indiscutables à cette métamorphose: George Martin…et le LSD.

Martin, le principal arrangeur du groupe, est responsable de la structuration musicale de plusieurs chansons. En plus de produire les albums, il fut le fidèle accompagnateur et l’homme-orchestre, dans tous les sens du terme.

Quant au LSD, réputé pour ouvrir les portes de la perception sensorielle, même si l’on admet les dégâts qu’il peut provoquer chez l’individu, il a eu un effet certain sur les créations artistiques en général durant les années soixante. Essentiellement, il a été un pont entre le rêve et la réalité, ou plus exactement le LSD a mis à la mode la distorsion de la réalité.

Colour of your dreams

Tirée de l’album Revolver (1965), la pièce Tomorrow never knows marque une rupture déconcertante avec le matériel musical des trois années précédentes. La rupture se produit également parmi les fans, plusieurs d’entre eux refusant de suivre leurs idoles dans la voie psychédélique, que plusieurs associèrent automatiquement à de la musique de drogués!

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Futur vintage

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Tous les objets que j’utilise quotidiennement seront consacrés « vintage » un jour ou l’autre.

Les actualités si sérieuses que je lisais ce matin pourraient faire crouler de rire bien des curieux lorsqu’elles seront relues avec leurs yeux de 2052, par exemple.

Car ces lecteurs sauront ce que nous ne savons pas encore. Et ils percevront eux-mêmes leur propre époque comme la seule vraie actualité, comme l’époque dorée par rapport à laquelle le passé doit se comparer.

Nostalgie sans mélancolie

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Qui a dit: « Ah! la nostalgie n’est plus ce qu’elle était »?

Les nostalgiques sont souvent accusés de vivre dans le passé. Faudrait-il donc saisir une nuance entre nostalgie et regret? Entre nostalgie et mélancolie?

Ainsi, je ne suis pas mélancolique lorsque le goût d’une boisson à l’orange de mon enfance me revient soudainement à la bouche. Ou lorsque je revois les touches blanches du magnétophone à cassette reçu en cadeau à mes 13 ans.

Il y a aussi ce petit garçon en moi qui voit défiler des images ensoleillées dès qu’il ré-entend les premières notes de cette chanson… Puis, lorsque Lennon entonne le premier couplet, appuyé par le choeur magique de ses camarades, mon calendrier dégringole à la recherche du temps écoulé.

Lorsque la pièce s’achève, le voyage temporel me ramène tout doucement à l’instant présent, avec le même ravissement que lorsqu’on sort de l’eau à la plage.

Un raccordement vient de s’effectuer entre le quai de mon passé et le bateau que je pilote aujourd’hui. Je ne deviens pas mélancolique: je ne fais que me rappeler ce que j’ai déjà été et comment je suis devenu ce que je suis.

Pour vous, ce sera d’autres chansons, d’autres bonbons ou le rire d’une dame inconnue qui vous rappellera votre mère.