Archives de catégorie : Histoire

Cap-Santé

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Cap-Santé. Nom inusité pour ce si charmant village du comté de Portneuf.


Plusieurs théories tentent d’éclaircir l’origine de ce toponyme. On parle parfois de guérisons mystérieuses de soldats ou de la confusion avec l’hivernement de Jacques Cartier à Stadaconé en 1535 où son équipage atteint de scorbut fut soulagé par un remède apporté par les Amérindiens.

L’historien d’art Gérard Morisset, natif du village, « fournit l’explication toponymique la plus sérieuse. Selon lui, la paroisse s’est appelée le Cap de la Sainte-Famille (selon le nom de son patron) jusqu’en 1725 environ. A cette époque, ce nom s’écrivait Cap de la Sante Famille » (1).

Si vous passez un jour par cet endroit classé par l’Association des plus beaux villages du Québec, outre l’omni-présent fleuve Saint-Laurent, il vous voir l’église datant du Régime français et le Vieux Chemin. Cette dernière rue consiste en une enfilade unique de vieilles maisons aux styles à la fois bigarrés et authentiques.


 

 

 

 

 

 

 

Tout au bout, l’atelier d’une artiste.

(1) Source

Le fou sur la montagne

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Longtemps après avoir composé la bucolique The fool on the hill avec les Beatles sur l’album Magical Mystery Tour, Paul McCartney la reprend fréquemment durant ses concerts. Vers la fin de la pièce, il y insère un extrait du tout dernier discours de Martin Luther King (à 3:34 sur le videoclip).

Le célèbre pasteur pacifiste prononca cette allocution prophétique la veille même de son assassinat, soit le 3 avril 1968 à Memphis, Tennesse: « I’ve been to the Mountain top ».

Dieu m’a permis d’atteindre le sommet de la montagne. J’ai regardé autour de moi. Et j’ai vu la Terre promise. Il se peut que je n’y pénètre pas avec vous. Mais je veux vous faire savoir, ce soir, que notre peuple atteindra la Terre promise.
Ainsi je suis heureux, ce soir. Je ne m’inquiète de rien. Je ne crains aucun homme.

Le lendemain, sur le balcon du motel Lorraine, il s’affaisa sous la balle d’un tireur embusqué.

Lui survivront à jamais son éloquence, l’intensité de son regard et la détermination qui l’habite tout au long de son discours-sermon. À peu près tout le monde a entendu parler de cet homme mais il n’y a rien comme l’entendre parler lui-même pour comprendre la ferveur qu’il suscitait.

Source de la citation

Prix nobel de la paix, 1964

Cowboys of color

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L’un des fleurons de la mythologie américaine, le cowboy du Far-West, n’avait pas toujours le visage pâle.

Les historiens le confirment généralement: un certain nombre de cowboys étaient d’anciens esclaves noirs. Les chiffres avancés diffèrent mais il est question de plusieurs milliers d’individus, que la littérature et le cinéma du genre ont presque toujours négligés.

Notoire aussi le nombre de Métis et de Mexicains ayant parcouru les plaines centrales des États-Unis entre 1850 et 1890, à titre de conducteurs de bétail, d’éclaireurs, etc.

On ne devrait pas en être surpris outre mesure, considérant que les cowboys exerçaient un métier dur, très peu payé et subordonné aux grands propriétaires de cheptels.

 

 

Quant à leur attirail, devenu folklorique, il fut hérité des premiers colons espagnols de l’Ouest:

Un sombrero pour les protéger du soleil, un bandana pour ne pas respirer la poussière, des jambières et des éperons pour monter à cheval et un lasso afin de capturer les animaux. (4)

Source 1

Source 2

Source 3

Source 4

Source de l’image 1

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Le peuple du Livre

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Quelles que soient nos opinions, l’histoire du peuple juif demeure fascinante. Comprendre son cheminement peut aider à comprendre une part importante de l’histoire de l’humanité, entre autres raisons parce qu’au fil des siècles, la diaspora l’a contraint à se fondre dans la composition et la culture d’innombrables autres peuples de la planète.

Et pour comprendre l’état de l’humanité au XXIième siècle.

Histoires de rejets, d’exils, de persécutions. Des origines mythiques jusqu’à nos jours, le livre tient une place sacrée dans la culture judaïque.

L’histoire juive nous fait comprendre qu’il ne suffit pas de rassembler la sagesse humaine dans les livres et de l’étudier; avec autant d’opiniâtreté, il faut aussi la transmettre. C’est l’assiduité de l’étude qui devient en soi un moyen de transmission: celui qui transmet apprend, celui qui apprend transmet. L’un et l’autre sont indissociables. L’un et l’autre forment le peuple du Livre.

Pour le judaïsme, la construction de l’individu et de la société passe par la lecture, l’étude et l’interprétation, ainsi le rapport au livre n’est pas seulement un accident de l’existence mais une des conditions sine qua non de la possibilité même de la vie. Parmi les 613 commandements, le dernier, l’ultime, est justement l’obligation pour chaque homme et pour chaque femme d’écrire un livre – la Torah ou ses commentaires, ou, de façon dérivée, toute autre forme d’écriture, poésie, roman, essai.

Les mots bible et bibliothèque ont les même racines. De Byblos, ville antique d’où le papyrus était colporté dans toute la Méditerranée.

En 1933, les Nazis confirment le pouvoir du livre en dressant des listes d’oeuvres et en les brûlant cérémonieusement sur la place publique.

L’amour des textes engendre l’amour du savoir, de la mémoire, de la pensée et de la liberté. L’Histoire n’a cessé de nous le rappeler: dès qu’un pouvoir s’attaque aux livres, c’est la liberté et l’essence de l’homme qu’il met en péril.

 

 

Source de l’image 1

Source de l’image 2

Citations 1 et 3:

Halter, Marek. Histoires du peuple juif, Éditions Arthaud, 2010 (non, aucune faute de frappe ici, il y a bien un « s » dans « histoire » !)

Citation 2

Ce piano à la fin du film

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Que serait le cinéma sans la musique ?

Le film se termine par une scène émouvante: Monsieur Lazhar et la petite élève s’étreignent. C’est à peu près à ce moment que le piano de Martin Léon se révèle. Avec le générique. Formule conventionnelle mais toujours efficace.

Les gens hésitent à se lever. Bercés par les notes enrobant l’atmosphère, comme une ritournelle éternellement enfantine.

Écoutez-là ici.

La dernière fois que j’ai vu l’assistance rester sur son siège tout au long du défilement du générique d’un film, même lorsque les lumières du cinéma s’étaient allumées, c’était pour Le pianiste.

Encore hypnotisés par les yeux si tristes d’Adrian Brody, personnifiant ce pianiste varsovien martyrisé par les événements. Puis le générique, derrière lequel un clavier et des mains jouaient ce morceau de Chopin. Encore sous le choc de tout ce qu’on venait de voir, il restait dans la salle le respect pour l’improbable survivant et la fascination pour ces mains qui jouent toutes seules, malgré l’ignorance, malgré l’adversité, malgré la cruauté, malgré la mort.

Si vous êtes saturés par les drames cinématographiques traitant de l’Holocauste, et que vous n’avez pas vu Le pianiste (2002) de Roman Polanski, il vous faut faire une exception et visionner ce film. Pour l’espoir en l’humanité. Pour l’Art aussi.

La chambre d’une dame

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Il y a presque mille ans, une comtesse était fascinée par ce qu’étaient à l’époque la géographie et l’astronomie.

La décoration de la chambre d’Adèle de Blois (1067-1137), fille de Guillaume le Conquérant, lui permettait d’étaler sa soif de connaissances, dans un monde où l’ignorance était généralisée.

Cette chambre a fait l’objet de plusieurs études, même si tout ce qui nous en reste est une description faite par un moine contemporain d’Adèle.

Le plafond était peint d’étoiles et d’astres, son plancher, décoré d’une mappemonde sous la forme d’une marquetterie de marbre. Plusieurs tentures finement brodées ornaient les murs, illustrant la Genèse, le Déluge et autres moments cruciaux de l’Ancien Testament.

Selon certains, il y était même suspendue la partie finale manquante de la célèbre tapisserie de Bayeux.

Il faut lire la description très vivante qu’en fait Jeanne Bourin, à travers le dialogue des braves et infatigables brodeuses de la comtesse.

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Bourin, Jeanne. Le Grand feu, Folio, 1985. pp.316-ss.

Le feu de Saint-Antoine

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Royaume de France, an 1103 . Dans la campagne autour de Blois, l’année est marquée par d’immenses inondations qui détruisent les récoltes, provoquant une famine généralisée. Certains blés subsistent et la populace se jette sur ces maigres restants.


Bientôt, une maladie se répand parmi elle sous la forme d’une épidémie. Les individus infectés ressentent de vifs brûlements internes, accompagnés parfois d’hallucinations. La gangrène les emporte dans les semaines suivantes.


C’est dans ces circonstances que s’achève « Le Grand Feu », magnifique roman de Jeanne Bourin, paru en 1985 aux éditions de la Table Ronde (collection Folio).


Nous savons aujourd’hui que cette maladie était provoquée par l’absorption de pain produit avec du seigle, du froment ou de toute autre céréale atteinte par un champignon connu sous le nom d’ergot de seigle. Les épis devenaient vulnérables à ce parasite lors d’étés très humides ou d’inondations.



Fréquent surtout au Moyen-Âge, l’ergotisme était désigné « mal des ardents » ou « feu de Saint-Antoine ». Les personnes atteintes passaient parfois pour être possédées du démon.


L’ergot de seigle, quant à lui, contenait de l’acide lysergique, dont on on a produit un dérivé synthétique au XXième siècle: le diéthylamide, en allemand lyserg säure diethylamid, mieux connu par ses initiales…

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Les enfants terribles

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Reconnu pour être un maître de la « distorsion de la réalité », parfois de manière insidieuse, le regretté Steve Jobs reçut cette lettre étrange en février 2007.

Cher monsieur Steve Jobs,

Bonjour de la part d’Albert Hofmann. Je comprends des médias que selon vous le LSD vous a aidé dans votre développement des ordinateurs Apple ainsi que dans votre quête spirituelle personnelle. Je suis intéressé à en apprendre plus sur la manière dont le LSD a été utile pour vous.

Je vous écris aujourd’hui, peu de temps après mon 101e anniversaire, pour vous demander de soutenir le psychiatre suisse Dr. Peter Gasser dans son étude proposée de psychothérapie assistée par le LSD pour des sujets qui souffrent d’anxiété associée à une maladie mortelle. Ce sera la première étude de psychothérapie assistée par du LSD depuis plus de 35 ans.

J’espère que vous pourrez m’aider dans la transformation de mon enfant terrible en un enfant brillant.

Elle est signée de la main du chimiste suisse Albert Hofmann, responsable de l’invention du LSD en 1938. Le docteur Hofmann lui demande donc de témoigner de son expérience personnelle avec le LSD, en collaborant à une étude à venir sur les vertus pharmaceutiques de ce produit (via la psychothérapie assistée) dans le traitement des troubles d’anxiété liés à des cas de maladie potentiellement mortelle.

Jobs ne donna pas de suite à cette requête. Mais l’année précédente, il avait déclaré dans les médias, ce qui attira sans doute l’attention d’Hofmann:

« Doing LSD was one of the two or three most important things I have done in my life. »

Il dira aussi:

« Je suis né à une époque magique. Notre conscience était éveillée par le zen et aussi par le LSD. Prendre du LSD était une expérience profonde; ce fut l’un des moments les plus importants de ma vie. (…) Cela a renforcé mes perceptions, m’a permis de savoir ce qui était essentiel — créer plutôt que gagner de l’argent, mettre à flot le plus de choses possible dans le fleuve de l’histoire et de la conscience humaine ».

(Isaacson, Walter. Éd. Lattès, 2011, p.65)

Hofmann termine sa missive par un souhait énigmatique:

« I hope you will help in the transformation of my problem child into a wonder child. »

Il s’agit d’une référence à l’un de ses ouvrages intitulé: « LSD, mon enfant terrible ».

Des esprits tordus (par la distorsion de la réalité?!!) ou amateurs de graphologie noteront le style peu aligné de l’écriture du docteur Hofmann. Gardons à l’esprit que l’homme était âgé de 101 ans, tout de même! Considérant qu’elle constitue une demande de service auprès du président d’une compagnie de prestige, je suis davantage surpris qu’une telle lettre ait été écrite à la main.

La randonnée en vélo du docteur Hofmann un certain après-midi de 1943 est passée à l’histoire. Aucun lien, sans doute, avec la vision de Jobs selon laquelle le micro-ordinateur devrait être considéré tel un « bicycle for the mind »…

Source de la traduction de la lettre

Dossier détaillé sur le docteur Hofmann

Source de l’image

Autres sources:

(1) (2) (3)

Colour of your dreams

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Le sujet peut paraître infiniment usé. L’histoire du cheminement des Beatles est constellée d’ornières où historiens, chroniqueurs et théoriciens de la musique populaire ont passé et repassé dans tous les sens.

Mais il restera toujours facsinant d’essayer de comprendre comment ce « little dancehall band » (dixit George Harrison) est devenu en trois ou quatre ans le propulseur du rock psychédélique, entre autres styles musicaux populaires.

Le groupe avait bien lancé le « yéyé », grâce surtout à l’originalité des compositions de deux jeunes hommes plutôt doués et à leurs irrésistibles arrangements vocaux. Ils avaient perpétué le style et la verve des groupes et leaders du rock and roll des années cinquante (Little Richard, Chuck Berry, etc.).

Le succès et la liberté financière qui en a résulté les avaient graduellement autorisé à rechercher de plus en plus l’originalité et l’expérimentation musicale.

Mais entre She Loves You et Strawberry Fields forever, que s’est-il passé ? Cette fusion explosive des genres, ces emprunts aux instruments classiques ou exotiques, l’exploitation du bruitage et autres effets sonores spéciaux, tous ces changements majeurs en si peu de temps s’expliquent comment au juste? On parle ici de la genèse de la musique populaire telle que nous la connaissons aujourd’hui.

Il faut mentionner (et ce n’est pas la découverte du siècle, j’en conviens) deux causes indiscutables à cette métamorphose: George Martin…et le LSD.

Martin, le principal arrangeur du groupe, est responsable de la structuration musicale de plusieurs chansons. En plus de produire les albums, il fut le fidèle accompagnateur et l’homme-orchestre, dans tous les sens du terme.

Quant au LSD, réputé pour ouvrir les portes de la perception sensorielle, même si l’on admet les dégâts qu’il peut provoquer chez l’individu, il a eu un effet certain sur les créations artistiques en général durant les années soixante. Essentiellement, il a été un pont entre le rêve et la réalité, ou plus exactement le LSD a mis à la mode la distorsion de la réalité.

Colour of your dreams

Tirée de l’album Revolver (1965), la pièce Tomorrow never knows marque une rupture déconcertante avec le matériel musical des trois années précédentes. La rupture se produit également parmi les fans, plusieurs d’entre eux refusant de suivre leurs idoles dans la voie psychédélique, que plusieurs associèrent automatiquement à de la musique de drogués!

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