Le feu de Saint-Antoine

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Royaume de France, an 1103 . Dans la campagne autour de Blois, l’année est marquée par d’immenses inondations qui détruisent les récoltes, provoquant une famine généralisée. Certains blés subsistent et la populace se jette sur ces maigres restants.


Bientôt, une maladie se répand parmi elle sous la forme d’une épidémie. Les individus infectés ressentent de vifs brûlements internes, accompagnés parfois d’hallucinations. La gangrène les emporte dans les semaines suivantes.


C’est dans ces circonstances que s’achève « Le Grand Feu », magnifique roman de Jeanne Bourin, paru en 1985 aux éditions de la Table Ronde (collection Folio).


Nous savons aujourd’hui que cette maladie était provoquée par l’absorption de pain produit avec du seigle, du froment ou de toute autre céréale atteinte par un champignon connu sous le nom d’ergot de seigle. Les épis devenaient vulnérables à ce parasite lors d’étés très humides ou d’inondations.



Fréquent surtout au Moyen-Âge, l’ergotisme était désigné « mal des ardents » ou « feu de Saint-Antoine ». Les personnes atteintes passaient parfois pour être possédées du démon.


L’ergot de seigle, quant à lui, contenait de l’acide lysergique, dont on on a produit un dérivé synthétique au XXième siècle: le diéthylamide, en allemand lyserg säure diethylamid, mieux connu par ses initiales…

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Les enfants terribles

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Reconnu pour être un maître de la « distorsion de la réalité », parfois de manière insidieuse, le regretté Steve Jobs reçut cette lettre étrange en février 2007.

Cher monsieur Steve Jobs,

Bonjour de la part d’Albert Hofmann. Je comprends des médias que selon vous le LSD vous a aidé dans votre développement des ordinateurs Apple ainsi que dans votre quête spirituelle personnelle. Je suis intéressé à en apprendre plus sur la manière dont le LSD a été utile pour vous.

Je vous écris aujourd’hui, peu de temps après mon 101e anniversaire, pour vous demander de soutenir le psychiatre suisse Dr. Peter Gasser dans son étude proposée de psychothérapie assistée par le LSD pour des sujets qui souffrent d’anxiété associée à une maladie mortelle. Ce sera la première étude de psychothérapie assistée par du LSD depuis plus de 35 ans.

J’espère que vous pourrez m’aider dans la transformation de mon enfant terrible en un enfant brillant.

Elle est signée de la main du chimiste suisse Albert Hofmann, responsable de l’invention du LSD en 1938. Le docteur Hofmann lui demande donc de témoigner de son expérience personnelle avec le LSD, en collaborant à une étude à venir sur les vertus pharmaceutiques de ce produit (via la psychothérapie assistée) dans le traitement des troubles d’anxiété liés à des cas de maladie potentiellement mortelle.

Jobs ne donna pas de suite à cette requête. Mais l’année précédente, il avait déclaré dans les médias, ce qui attira sans doute l’attention d’Hofmann:

« Doing LSD was one of the two or three most important things I have done in my life. »

Il dira aussi:

« Je suis né à une époque magique. Notre conscience était éveillée par le zen et aussi par le LSD. Prendre du LSD était une expérience profonde; ce fut l’un des moments les plus importants de ma vie. (…) Cela a renforcé mes perceptions, m’a permis de savoir ce qui était essentiel — créer plutôt que gagner de l’argent, mettre à flot le plus de choses possible dans le fleuve de l’histoire et de la conscience humaine ».

(Isaacson, Walter. Éd. Lattès, 2011, p.65)

Hofmann termine sa missive par un souhait énigmatique:

« I hope you will help in the transformation of my problem child into a wonder child. »

Il s’agit d’une référence à l’un de ses ouvrages intitulé: « LSD, mon enfant terrible ».

Des esprits tordus (par la distorsion de la réalité?!!) ou amateurs de graphologie noteront le style peu aligné de l’écriture du docteur Hofmann. Gardons à l’esprit que l’homme était âgé de 101 ans, tout de même! Considérant qu’elle constitue une demande de service auprès du président d’une compagnie de prestige, je suis davantage surpris qu’une telle lettre ait été écrite à la main.

La randonnée en vélo du docteur Hofmann un certain après-midi de 1943 est passée à l’histoire. Aucun lien, sans doute, avec la vision de Jobs selon laquelle le micro-ordinateur devrait être considéré tel un « bicycle for the mind »…

Source de la traduction de la lettre

Dossier détaillé sur le docteur Hofmann

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Autres sources:

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Colour of your dreams

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Le sujet peut paraître infiniment usé. L’histoire du cheminement des Beatles est constellée d’ornières où historiens, chroniqueurs et théoriciens de la musique populaire ont passé et repassé dans tous les sens.

Mais il restera toujours facsinant d’essayer de comprendre comment ce « little dancehall band » (dixit George Harrison) est devenu en trois ou quatre ans le propulseur du rock psychédélique, entre autres styles musicaux populaires.

Le groupe avait bien lancé le « yéyé », grâce surtout à l’originalité des compositions de deux jeunes hommes plutôt doués et à leurs irrésistibles arrangements vocaux. Ils avaient perpétué le style et la verve des groupes et leaders du rock and roll des années cinquante (Little Richard, Chuck Berry, etc.).

Le succès et la liberté financière qui en a résulté les avaient graduellement autorisé à rechercher de plus en plus l’originalité et l’expérimentation musicale.

Mais entre She Loves You et Strawberry Fields forever, que s’est-il passé ? Cette fusion explosive des genres, ces emprunts aux instruments classiques ou exotiques, l’exploitation du bruitage et autres effets sonores spéciaux, tous ces changements majeurs en si peu de temps s’expliquent comment au juste? On parle ici de la genèse de la musique populaire telle que nous la connaissons aujourd’hui.

Il faut mentionner (et ce n’est pas la découverte du siècle, j’en conviens) deux causes indiscutables à cette métamorphose: George Martin…et le LSD.

Martin, le principal arrangeur du groupe, est responsable de la structuration musicale de plusieurs chansons. En plus de produire les albums, il fut le fidèle accompagnateur et l’homme-orchestre, dans tous les sens du terme.

Quant au LSD, réputé pour ouvrir les portes de la perception sensorielle, même si l’on admet les dégâts qu’il peut provoquer chez l’individu, il a eu un effet certain sur les créations artistiques en général durant les années soixante. Essentiellement, il a été un pont entre le rêve et la réalité, ou plus exactement le LSD a mis à la mode la distorsion de la réalité.

Colour of your dreams

Tirée de l’album Revolver (1965), la pièce Tomorrow never knows marque une rupture déconcertante avec le matériel musical des trois années précédentes. La rupture se produit également parmi les fans, plusieurs d’entre eux refusant de suivre leurs idoles dans la voie psychédélique, que plusieurs associèrent automatiquement à de la musique de drogués!

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Futur vintage

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Tous les objets que j’utilise quotidiennement seront consacrés « vintage » un jour ou l’autre.

Les actualités si sérieuses que je lisais ce matin pourraient faire crouler de rire bien des curieux lorsqu’elles seront relues avec leurs yeux de 2052, par exemple.

Car ces lecteurs sauront ce que nous ne savons pas encore. Et ils percevront eux-mêmes leur propre époque comme la seule vraie actualité, comme l’époque dorée par rapport à laquelle le passé doit se comparer.

Nostalgie sans mélancolie

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Qui a dit: « Ah! la nostalgie n’est plus ce qu’elle était »?

Les nostalgiques sont souvent accusés de vivre dans le passé. Faudrait-il donc saisir une nuance entre nostalgie et regret? Entre nostalgie et mélancolie?

Ainsi, je ne suis pas mélancolique lorsque le goût d’une boisson à l’orange de mon enfance me revient soudainement à la bouche. Ou lorsque je revois les touches blanches du magnétophone à cassette reçu en cadeau à mes 13 ans.

Il y a aussi ce petit garçon en moi qui voit défiler des images ensoleillées dès qu’il ré-entend les premières notes de cette chanson… Puis, lorsque Lennon entonne le premier couplet, appuyé par le choeur magique de ses camarades, mon calendrier dégringole à la recherche du temps écoulé.

Lorsque la pièce s’achève, le voyage temporel me ramène tout doucement à l’instant présent, avec le même ravissement que lorsqu’on sort de l’eau à la plage.

Un raccordement vient de s’effectuer entre le quai de mon passé et le bateau que je pilote aujourd’hui. Je ne deviens pas mélancolique: je ne fais que me rappeler ce que j’ai déjà été et comment je suis devenu ce que je suis.

Pour vous, ce sera d’autres chansons, d’autres bonbons ou le rire d’une dame inconnue qui vous rappellera votre mère.

Plastic People

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Depuis les cent dernières années, le pétrole (et ses innombrables dérivés) constitue sans aucun doute le produit fondamental de notre civilisation occidentale.

Le consommateur moyen a l’habitude de jauger les hausses annoncées du prix du pétrole brut en fonction de l’utilisation de son véhicule automobile. Il oublie souvent que ce carburant sert également aux fonctionnement des avions, trains et bateaux qui acheminent quotidiennement les vins de Californie et les kiwis de Nouvelle-Zélande dans un commerce « près de chez lui ».

Il réalise encore moins que les sous-produits de la pétrochimie sont parmi les composantes essentielles lors de la fabrication des plastiques et des caoutchoucs, du polymère et du PVC. Songe-il aussi aux parfums, aux CD, aux différents solvants, colles, cires, graisses, lubrifiants, aux combustibles de chauffage, aux caoutchoucs synthétiques, aux emballages de toutes sortes, au bitume qui compose nos milliers de kilomètres de routes et au béton de nos buildings, aux encres d’imprimerie, aux détergents, aux teintures de toutes sortes, aux pesticides, aux produits impérméabilisant, à la peinture, aux engrais, colorants et même médicaments ?

 

Un détroit si étroit: Ormuz

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Dans l’ancien Occident, le Moyen-Orient était considéré de façon générale comme le centre du Monde.

Durant des siècles, la région fut le carrefour nécessaire entre l’Orient et l’Occident, pour les échanges commerciaux et conséquemment, culturels.

Plusieurs religions encore dominantes y ont vu le jour (chrétienne, musulmane, judaïque, etc.).

Aujourd’hui, pour toutes ces raisons et d’autres encore, on s’y bat continuellement.

Entre le Golfe persique et la Mer d’Oman, le détroit d’Ormuz, un étranglement géographique, constitue l’un des sites stratégiques les plus exceptionnels de la planète.

Sur le rivage ouest: les Émirats arabes unis et le sultanat d’Oman (et la petite ville de Dubaï!). En face: la République islamique d’Iran… Le détroit fait quarante kilomètres en largeur mais seulement deux couloirs de trois kilomètres chacun sont réservés à la navigation commerciale.

Or, plus du tiers du trafic pétrolier mondial y transite quotidiennement, principalement à destination de l’Asie. Y compris celui du plus grand producteur mondial: l’Arabie saoudite. Lorsque l’Iran menace périodiquement de bloquer la circulation sur le détroit d’Ormuz, l’économie mondiale toute entière risque d’être ébranlée.

Tout au long de l’Histoire, navigation oblige, les détroits, canaux et autres passages fluviaux furent l’objet de luttes incessantes pour ceux qui en réclamaient le contrôle. Il faut se rappeler Gibraltar, les Bosphore et Dardanelles en Turquie, Malacca à Singapour, Panama, Suez, Québec…

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Black Seminoles

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Le fait n’est pas très connu: il existe aux États-Unis des territoires où des Amérindiens et des Afro-Américains liés par le sang forment une seule et même communauté depuis plusieurs générations.

Ils appartiennent à la tribu des Séminoles. On les retrouve éparpillés aujourd’hui en Floride, en Oklahoma et au Texas, de même qu’au Mexique et aux Bahamas.

Cette tribu s’est formée progressivement à partir du XVIIième siècle sur le territoire de l’actuelle Floride, alors aux mains des Espagnols. Aux peuples autochtones de la péninsule vinrent se joindre des réfugiés d’autres tribus voisines ainsi que de nombreux esclaves noirs en fuite à partir de la Georgie et de la Caroline du sud. Tous ces groupes, souvent décimés, finirent par s’allier pour résister à l’envahissement anglo-américain venant du nord. Mais les trois guerres coloniales qui les opposèrent à l’armée américaine (entre 1817 et 1858) finirent par avoir raison de leur ténacité. La plupart furent déportés, principalement en Oklahoma.

Par le biais des unions matrimoniales, les descendants d’esclaves noirs fugitifs se sont donc perpétués chez les Séminoles américains. Plusieurs d’entre eux avaient des ancêtres originaires de la Sierra Leone et étaient alors connus sous le nom de Gullahs. On leur doit la culture du riz en Floride, dont ils connaissaient le secret. Ils auraient conservé de leurs coutumes africaines: éléments de langue, musique, gastronomie, artisanat, etc. Ils adoptèrent des Amérindiens vêtements et autres rites.

Source 1

Source 2

Source 3

Un brin de jasette ??

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L’origine du jazz ne sera probablement jamais éclaircie mais il semble admis généralement qu’il a vu le jour à la Nouvelle-Orléans. La Louisiane fut le creuset de plusieurs cultures, dont évidemment la culture française. Les Créoles louisianais sont un joyeux métissage d’anciens esclaves afro-américains, de Français, d’Acadiens, d’Amérindiens mais aussi d’Espagnols, d’Allemands et… d’Anglo-Américains !

Le mot « jazz » lui-même demeure obscur du point de vue étymologique. L’une des théories les plus persistantes relierait ce terme à celui de jaser, formule française encore très usitée au Québec, signifiant « bavarder ». Les musiciens auraient eu l’habitude de jaser ensemble par le biais de leurs instruments.

L’un des pionniers du jazz, le Créole « Jelly Roll » Morton (1885-1941), qui aimait se proclamer « inventeur du jazz », se nommait en réalité Ferdinand Joseph Lamothe. Le surnom de Morton serait une déformation du nom de son beau-père, un certain monsieur Mouton…

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À propos du jazz

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Dans certaines formes d’art, de même que dans la vie de tous les jours, la fraîcheur de la spontanéité est souvent reconnue comme la formulation la plus authentique de l’expression humaine.

Or, il est parfois judicieux de « tourner sa langue sept fois » avant de parler. De la même façon, une œuvre réfléchie et rodée engage la réflexion chez ceux devant qui elle s’expose.

Il n’est donc pas toujours évident de faire la part entre le spontané et le peaufiné. Entre l’irrationnel et le rationnel. Entre le naturel et l’artificiel. Entre l’artistique et le scientifique.

Le jazz, notamment, tente de réconcilier ces tendances : il est souvent à la fois improvisation et composition. Composition spontanée et composition structurée. D’un côté le free jazz, le jam session, la séance d’impro, où le cœur s’exprime à travers la virtuosité du musicien. À l’autre extrémité, la composition écrite, répétée, fignolée où parfois un solo instrumental improvisé est prévu pour rendre unique l’interprétation du jour.